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La vie est un voyage que l’on ne fait qu’une fois - Jean-Baptiste Leheup

La vie est un voyage que l’on ne fait qu’une fois - Jean-Baptiste Leheup
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Dans son premier roman, intitulé « La vie est un voyage que l’on ne fait qu’une fois » Jean-Baptiste Leheup choisit la délicatesse là où d’autres forceraient les larmes.

Le temps est désormais compté pour Titus. Son innocence se fissure sous l’effet d’une lente érosion, celle de la maladie. À l’école, le corps de Titus trahit ce que les mots taisent encore. Le médecin scolaire suspecte quelque chose. La fatigue et le strabisme, un infime désalignement du regard, sont les premiers signes visibles d’un combat sous-jacent. Le diagnostic est sans appel. Une tumeur cérébrale implacable annonce une dégradation silencieuse pour cet enfant qui n’a pas encore dix ans.

Face à ce futur amputé, l’héroïsme discret de Titus commence à se révéler. Rien de spectaculaire, seulement une lucidité paisible, une manière d’habiter le temps autrement. Chez ses parents, Louise Lentelle et Stéphane Duperrot, la temporalité se fige. Le présent se dilate, l’avenir devient imprononçable.

Dans ce roman, la traversée est à la fois géographique et intime. L’errance se fait douce, parfois fissurée par la circulation des affects. Le lecteur suit une itinérance émotionnelle chargée de souvenirs, peuplée d’une multiplicité de personnages, comme autant de points de passage.

Sous un compte à rebours invisible, les voix se succèdent et s’entrelacent, alternant entre lieux et époques. Jean-Baptiste Leheup décrit avec justesse des blessures affectives, des tendresses soutenues, des loyautés inapparentes qui persistent malgré l’usure.

Louise et Stéphane forment un couple à la fois proche et distant. Chacun se projette dans un avenir professionnel qui, peu à peu, disloque un amour pourtant solidement construit, et fragilisé par l’influence corrosive d’une belle-mère toxique. Les réconciliations sont partielles. Sous des jeux de mots et un comportement mielleux, elle dissimule une malveillance ordinaire que Louise choisit de ne pas voir.

Au centre de cet éclatement discret mais cruel se tient Titus, et autour de lui un présent hypertrophié, saturé d’urgence et d’impuissance. L’auteur plante alors le décor d’une médecine désarmée, confrontée à ses propres limites, où le soin ne promet plus la guérison mais seulement l’accompagnement.

Dans ce voyage au bord de l’adieu , l’humour devient une forme de résistance. Il désarme la douleur sans jamais la nier. Jean-Baptiste Leheup refuse les faux-semblants. Son style d’écriture est pudique et d’une grande justesse, se concentrant sur l’essentiel. Il se tourne vers l’urgence de l’amour comme unique remède possible.

La sagesse et le courage silencieux de Titus impressionnent par leur évidence, au point de faire affleurer la larme chez le lecteur, non par excès de pathos, mais par la force tranquille d’une humanité à hauteur d’enfant.

Avant son départ, Titus lègue à ses parents son testament du cœur. Chaque enveloppe renferme une destination différente, un dernier voyage vers un lieu plus ou moins inscrit dans sa mémoire. Mais les véritables signes de ces enveloppes ne se lisent pas dans le visible. Ils se cachent dans un coin profond, là où se mêlent souvenir, instabilité et conscience.Ces enveloppes deviennent alors autant de ponts fragiles vers des émotions refoulées, des éclats de vie et d’amour que seul le cœur peut déchiffrer.

«La vie est un voyage que l’on ne fait qu’une fois » est un roman qui parle de la mort sans renoncer à la lumière. La gravité est tendre. Les émotions sont soutenues.

Le lecteur se laisse emporter par une vibration intime qui traverse chaque page. L’histoire touche l’âme, effleurant à la fois les larmes et le sourire. L’anticipation douloureuse de la mort, que les parents affrontent avec une espérance discrète, fait frémir le lecteur, suspendu entre compassion et impuissance.

J’ai trouvé ce roman d’une douceur saisissante, un voyage triste écrit avec une infinie légèreté. Sans aucun doute ,Titus a laissé une empreinte durable dans ma mémoire, celle d’un enfant dont le courage silencieux a porté ses parents jusqu’à son dernier souffle. J’ai assisté à une polyphonie de voix blessées, et c’est un enfant trop lucide qui en devient le fil conducteur, les reliant par son courage silencieux. Ce roman, d’une intensité rare, en vaut assurément le détour.

Quatrième de couverture:

Titus va mourir. Il n’a même pas dix ans mais il va mourir. Gliome infiltrant du tronc cérébral, une belle saloperie. Il en a pour six à douze mois, c’est l’oncologue qui l’a dit et il s’y connaît puisque des comme lui, il en voit mourir toutes les semaines. Cette maladie va entraîner dans une vaste tempête sa famille, ses proches et quelques inconnus. Sa mère cheffe étoilée, son père et une collègue très affectueuse, sa grand-mère toxique et un gendre idéal, son institutrice et un médecin scolaire, un fan de l’Équipe de France 98, un vieil héritier très généreux, et même un chevreuil inattentif qui passait par là.

Sept enveloppes et autant de destinations secrètes, c'est tout ce qu'il faut à Titus pour tenter de sauver le bonheur de ceux qui l'entourent. Réveillant des souvenirs, des secrets et des blessures, naviguant entre les personnages et les époques, ce récit choral nous emmène d’un petit cimetière près de Beaune au parc des Buttes Chaumont, et du Luberon aux salles d’opération, dans une tornade de sentiments contradictoires, pour le pire ou pour le meilleur.

Un roman triste et beau, qui explore avec esprit et espoir, mais sans faux-semblants, la maladie, l'emprise des héritages et la fragilité de l'amour.

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